Jeudi 7 août 2008
En des temps très anciens, Montagne, majestueuse et sereine, trônait au milieu d'une plaine. Chapeautée de neige, drapée de roches grises et de terre brune elle se dressait, entourée de brins
d'herbes et d’arbrisseaux, toutes frêles créatures au regard de cette imposante matrone.
Un jour, Nuage le vagabond vint lui rendre visite et lui raconter ses errances.
"Il y a là bas, dit-il en désignant un point de l’horizon de son bras cotonneux, un lac merveilleux et pur, autour duquel se prélassent de douces collines guillerettes et aimables au possible."
"Comme j’aimerais voir un tel endroit", soupira Montagne.
"Il ne tient qu’à toi d'aller le visiter, lui affirma Nuage. Tu es grande et en un rien de temps tu y seras rendue."
"Je pourrais le faire, tu as raison. Mais je m’y refuse, malgré l’envie que j’ai."
Voyant que Nuage ne la comprenait pas, Montagne s’expliqua.
"Regarde à mes pieds. Si j’entreprends ce voyage, j’écraserai sous mon talon de granit nombre de brins d’herbes et d’arbres. Quelle fin affreuse pour eux, sacrifiés sur l’autel d’une tocade. Je ne peux m’y résoudre.
Vois-tu ami Nuage, telle est ma philosophie :
Je n’écrase pas les plus petits que moi. C’est un acte cruel par le simple fait qu’il ne me demanderait aucun effort. Je pourrais l’accomplir sans même réaliser que je broie de plus faibles que moi.
Je ne tente pas non plus d’écraser les plus grands que moi, car je sais que ce serait une tentative futile. Etant plus grands c’est eux qui pourraient m’écraser. D’ailleurs si, dans une flambée d’orgueil, je les défiais, ils auraient sûrement légitimité à le faire."
"Et ceux qui ne sont ni plus petit ni plus grand que toi, demanda Nuage ? Est-ce qu’avec eux tu mesurerais ta force ?"
"Pas plus qu’avec les plus grands ou les plus petits, répondit Montagne. S’ils sont de ma taille, par cela nous sommes semblables, et il me déplairait de m’en prendre à un autre qui puisse être mon frère."
"Mais alors, s’exclama Nuage, en faisant ce choix tu te condamnes à vivre ici et à ne jamais en bouger ?"
"Oui mais qu’importe. Je préfère cela à l’idée d’écraser toutes ces créatures plus petites que moi. De toute façon quand tu viens me visiter et me raconter tout ce que tu as vu depuis le ciel, j’ai un peu l’impression de voyager moi aussi."
"Ta bonté est immense, Montage, s’exclama Nuage. Fais-moi confiance, aussi longtemps que le ciel sera ce qu’il est, je viendrai te narrer mes voyages. Ainsi tu ne t’ennuieras jamais."
Voilà pourquoi on voit des nuages assemblés autour du sommet des montagnes. Ces infatigables voyageurs racontent ce qu’ils ont vu à leurs amies. Ces récits aident les montagnes à vivre sereinement leur solitude et leur immobilité.
Ce texte a été rédigé en mai 2005
Un jour, Nuage le vagabond vint lui rendre visite et lui raconter ses errances.
"Il y a là bas, dit-il en désignant un point de l’horizon de son bras cotonneux, un lac merveilleux et pur, autour duquel se prélassent de douces collines guillerettes et aimables au possible."
"Comme j’aimerais voir un tel endroit", soupira Montagne.
"Il ne tient qu’à toi d'aller le visiter, lui affirma Nuage. Tu es grande et en un rien de temps tu y seras rendue."
"Je pourrais le faire, tu as raison. Mais je m’y refuse, malgré l’envie que j’ai."
Voyant que Nuage ne la comprenait pas, Montagne s’expliqua.
"Regarde à mes pieds. Si j’entreprends ce voyage, j’écraserai sous mon talon de granit nombre de brins d’herbes et d’arbres. Quelle fin affreuse pour eux, sacrifiés sur l’autel d’une tocade. Je ne peux m’y résoudre.
Vois-tu ami Nuage, telle est ma philosophie :
Je n’écrase pas les plus petits que moi. C’est un acte cruel par le simple fait qu’il ne me demanderait aucun effort. Je pourrais l’accomplir sans même réaliser que je broie de plus faibles que moi.
Je ne tente pas non plus d’écraser les plus grands que moi, car je sais que ce serait une tentative futile. Etant plus grands c’est eux qui pourraient m’écraser. D’ailleurs si, dans une flambée d’orgueil, je les défiais, ils auraient sûrement légitimité à le faire."
"Et ceux qui ne sont ni plus petit ni plus grand que toi, demanda Nuage ? Est-ce qu’avec eux tu mesurerais ta force ?"
"Pas plus qu’avec les plus grands ou les plus petits, répondit Montagne. S’ils sont de ma taille, par cela nous sommes semblables, et il me déplairait de m’en prendre à un autre qui puisse être mon frère."
"Mais alors, s’exclama Nuage, en faisant ce choix tu te condamnes à vivre ici et à ne jamais en bouger ?"
"Oui mais qu’importe. Je préfère cela à l’idée d’écraser toutes ces créatures plus petites que moi. De toute façon quand tu viens me visiter et me raconter tout ce que tu as vu depuis le ciel, j’ai un peu l’impression de voyager moi aussi."
"Ta bonté est immense, Montage, s’exclama Nuage. Fais-moi confiance, aussi longtemps que le ciel sera ce qu’il est, je viendrai te narrer mes voyages. Ainsi tu ne t’ennuieras jamais."
Voilà pourquoi on voit des nuages assemblés autour du sommet des montagnes. Ces infatigables voyageurs racontent ce qu’ils ont vu à leurs amies. Ces récits aident les montagnes à vivre sereinement leur solitude et leur immobilité.
Ce texte a été rédigé en mai 2005
